Il y a dix ans, la ville de Kobe, au Japon, était dévastée
par un gigantesque tremblement de terre. Cette année, à
l'occasion de la commémoration de la reconstruction, après
la catastrophe, le musée Hyogo de Kobe a lancé un
concours international auprès des artistes du monde entier.
Condition unique à remplir : les œuvres doivent être
bidimensionnelles afin d'être accrochées à un
mur. Malgré cette restriction, Alain Vassoyan, sculpteur
libanais et enseignant à l'Alba, tente l'aventure.
«
J’ai trouvé la brochure dans mon casier, avec un petit
mol de Georges Haddad, le directeur, m'encourageant à la
lire, raconte l'artiste. C'était en mars dernier, et la date
limite de la présentation du projet était pour la
fin du mois d'août dernier. J'ai été happé
par le thème du concours, à savoir la renaissance,
mais je devais me dépêtrer de ce casse-tête chinois
qui consiste, pour un sculpteur, de travailler en deux dimensions.
» Alain Vassoyan, grand amateur de thèmes et du jeu
dans l'art, se lance dans l'exécution d'un projet autour
de la transmigration. Le résultat est une trame multiforme,
composée de 35 pièces en tungstène, fonctionnant
grâce à un système de diodes électroluminescentes
qui agit à partir d'un programme informatique. « Cette
peinture de lumière, proche de la vision extrême-orientale,
s'intéresse à un personnage qui peut se transformer
tantôt en animal, comme le poisson choisi ici, en arbre, selon
que les différentes pièces lumineuses s'allument ou
s'éteignent », explique-t-il.
Le
29 septembre dernier, la réponse lui parvient du Japon :
il est présélectionné, ce qui veut dire que,
lauréat ou pas, son œuvre sera montrée au musée
Hyogo. « Dès que j'ai appris cette nouvelle, j'ai contacté
plusieurs sponsors potentiels qui auraient pu m'aider à réaliser
ce projet. C'est la société Debbas, spécialiste
du luminaire, qui a instantanément accepté de m'aider
en me procurant l'aide de ses ingénieurs et en finançant
l'envoi de la pièce à Kobe. »
Parmi
les « anges gardiens » du sculpteur, il y a aussi l'Académie
libanaise des beaux-arts, qui finance le projet à moitié,
et les ateliers Georges Hélou, qui ont confectionné
gratuitement la trame en bois de l'oeuvre. Un vrai projet trouve
toujours de la bonne volonté active.
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Le
voilà donc intégré au circuit mondial. L'amateur
de sculptures de récupération, créateur d'un
certain Joujou, a enfin mis le pied à l'étrier. Il
se penche, avec un sourire ému, vers son personnage fétiche
qui ne l'a jamais vraiment quitté.
«
Dans mon parcours de sculpteur, il y a clairement un "avant"
et un "après Joujou". Avant lui, pendant mon séjour
au Canada, mon travail était officiel, sérieux. À
partir de mon retour définitif au Liban, en 1997, j'ai commencé
à travailler avec des objets récupérés
et à m'attacher à l'image de l'enfant et de l'adolescent.
Comme
un signe lui indiquant qu'il était sur la bonne voie, le
premier utilisateur de son installation ludique, «La prise
de la citadelle », présentée à l'exposition
«off» du Festival de Byblos l'été dernier,
s'appelait Joujou. « J'étais fou de joie », se
souvient-il en riant. Les avatars de Joujou n'étaient donc
pas près de s'arrêter, ils allaient l'emmener hors
des frontières. C'est chose faite aujourd'hui, à Kobe.
Fin décembre 2004, le jury, composé de six noms du
milieu artistique - William Lieberman, directeur du département
d'art moderne du MoMa ; Andréa Rosé, responsable du
département artistique du British Muséum ; Shinegobu
Kimura, directeur du musée Hyogo ; Hichiro Hariu, président
de l'AICA; Oh Kvang-su, critique d'art ; Akira Tatehatu, enseignant
en art visuel - rendra son verdict, avant l'ouverture de l'exposition,
le 17 janvier prochain. À la clé, des récompenses
prestigieuses, d'une valeur de 100000 dollars pour le grand prix,
de 20000 dollars pour les cinq prix d'excellence et de 10000 dollars
pour les cinq prix d'encouragement, sans oublier celui du public.
Alain
Vassoyan, qui affirme que sans le « stimulus du rire »,
il est « incapable de se lever le matin et de créer
quoi que ce soit », a associé la technologie de pointe
et l'art visuel. « Je suis heureux d'avoir "démarginalisé"
ce pan artistique, affirme-t-il. Les œuvres, en général,
ne sollicitent pas suffisamment le progrès. C'est dommage.
» Une chose est sûre, cependant : c'est que Joujou,
petit bonhomme de l'art devenu grand, est vraiment content.
Diala
GEMAYEL-l'orient
le jour Liban.18/12/2002.
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